En 1999, alors que Google comptait environ 8 employés, le linguiste computationnel et artiste Maciej Wisniewski publia son projet Netomat, à la fois navigateur web et moteur de recherche. Il ne s’agissait cependant pas d’une véritable alternative aux navigateurs web de l’époque (Netscape ou Internet Explorer). Au contraire, l’auteur voulait par ce projet réexaminer de manière critique le paradigme, dominant jusqu’à aujourd’hui, qui consiste à parcourir internet au moyen d’une collection de pages web relativement statiques. Netomat permettait à l’utilisateur de saisir des commandes en langage naturel (sa formation en linguistique computationnelle fut certainement utile à Wisniewski), que netomat interprétait. Netomat réagissait en affichant sur l’écran de l’utilisateur du texte, des photographies et des vidéos se déplaçant librement, dans de nombreux formats existants. Le cœur de l’idée tenait à ceci : parcourir le web ne signifie pas nécessairement un contenu affiché à l’intérieur d’une seule page web statique. Wisniewski allait ainsi sciemment à l’encontre de tous les principes de conception de l’interface utilisateur, laquelle doit être accessible, conviviale et aider à trouver le plus rapidement possible les informations pertinentes. Selon les mots de Wisniewski, il s’agissait donc d’un anti-browser (Wisniewski). Netomat était en outre un navigateur modulaire et extensible, qui ne privilégiait aucune apparence particulière de l’affichage des données. C’était donc aux utilisateurs de créer, à l’aide du langage de balisage de netomat, l’interface dans laquelle ils voulaient afficher les données.

Vu d’aujourd’hui, netomat rappelle moins un navigateur qu’un crawl bot, comme ceux qu’utilisent les moteurs de recherche pour indexer les pages. Aujourd’hui encore, on peut toutefois considérer netomat comme un projet important, car même après tant d’années le web n’a pas beaucoup changé : certes, nous utilisons le chargement asynchrone du contenu, HTML5, CSS3 et le JavaScript moderne, et le web design a lui aussi un tout autre aspect ; quoi qu’il en soit, nous n’avons pas encore pleinement dépassé le paradigme du navigateur web et de la page web.

La délivrance des fenêtres rectangulaires pourrait venir de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle, où l’interface est le monde lui-même, qu’il soit réel ou virtuel.

Une galerie plongée dans l’obscurité avec une grande projection de netomat : sur le mur flottent dans un flux des fragments de texte et des images floues ; devant se dressent trois pupitres rétroéclairés avec des commandes. Source : Whitney Museum, artport

netomat à l’exposition Data Dynamics du Whitney Museum (2001)
Source : Whitney Museum of American Art, artport

L’auteur lui-même appliqua cette union du monde et du libre flux de données lors de l’exposition de net art Data Dynamics au Whitney Museum, aux États-Unis, où les données étaient projetées sur les murs de la salle ; Wisniewski contribua ainsi aux premières réalisations de la visualisation artistique des données et du data art.

WISNIEWSKI, Maciej.

 

Netomat

 

[en ligne]. [consulté le 2016-09-18]. Disponible sur : https://web.archive.org/web/20000614113725/http://www.netomat.net/