Je relève donc le défi et je vais tenter d’imiter la pensée très libérale de Zuzana, une collègue de StuNoMe, qui, tout comme moi, a examiné à l’aide de la méthode d’Allan Bell une dépêche récente de l’agence ČTK sur les dernières attaques dans le conflit perpétuel entre Israël et la Palestine. Le but est le suivant : si deux personnes examinent selon une méthode précise une dépêche qui se présente comme purement factuelle, trouverons-nous des différences ?
À première vue, l’analyse de ma collègue semble succincte. À une lecture plus attentive, il apparaît cependant qu’elle contient tout ce que demandait l’énoncé du travail ; la diction du texte est précise et va droit au but.
Plus intéressant est son commentaire sur le titre de l’article :
« À mon avis, le titre n’est pas une représentation fidèle du corps de la dépêche. Il a réduit la dépêche à sa seule partie violente, mais, en l’absence de contexte, il peut paraître manipulateur et laisser aux lecteurs une impression et une information faussées de la situation. »
Je suis entièrement d’accord avec l’observation selon laquelle le titre ne contient pas le contexte important dans lequel se sont déroulés les derniers actes de violence. Car ce n’est qu’au milieu de la dépêche originale de la ČTK que nous apprenons que les attaques au couteau contre les forces armées israéliennes et la mort de Palestiniens qui s’en est suivie doivent justement être comprises dans le contexte des conflits autour du mont du Temple à Jérusalem. D’un autre côté, que peut et que doit contenir un titre ?
L’une des exigences d’un bon titre est assurément la brièveté, ainsi que la capacité à saisir le noyau principal de la dépêche. Dans ce cas, je me permets d’affirmer que le titre renvoie bel et bien aux informations les plus récentes et les plus pertinentes. Il est dommage que ma collègue, en plus d’avoir trouvé le problème, ne tente pas de proposer une solution possible. J’aimerais savoir comment elle s’y prendrait elle-même, en tant qu’autrice, avec ce titre. Si nous voulions faire remonter la mention du contexte le plus haut possible dans l’article, la solution que je proposerais serait de ne pas modifier le titre, mais de mentionner les conflits autour du mont du Temple à Jérusalem dans le chapeau.
Dans mon analyse, je ne relève pourtant aucun problème concernant le titre ou le chapeau. Je peux imaginer que l’auteur (anonyme) de la dépêche de la ČTK a laissé la mention du contexte plus large pour après la présentation du noyau principal de la dépêche, c’est-à-dire the important and latest first. Le contexte est en outre suffisamment analysé dans la partie centrale de la dépêche de la ČTK.
Malgré cela, le conflit autour du mont du Temple constitue le point central de ma critique à l’adresse de la ČTK. Je rappelle que, dans mon analyse, j’ai mis au jour le mot émotionnellement connoté « rumeurs », qui, à mon avis, n’a rien à faire dans une dépêche factuelle informant objectivement sur les deux parties du conflit. La citation des deux parties du conflit est déjà en soi déséquilibrée et confuse (quand la ČTK cite Israël disant quelque chose, de qui parle-t-elle exactement ? pourquoi la ČTK ne rapporte-t-elle pas les déclarations des institutions palestiniennes officielles ?), mais, selon toute vraisemblance, le choix du mot « rumeurs » est le fait de l’auteur de la ČTK, qui renonce par là, bien entendu, de son plein gré à un journalisme objectif. Si toutefois « rumeurs » était sorti de la plume d’un tiers, le commentaire de ma collègue Zuzana serait peut-être juste :
« La dépêche ne contient aucun commentaire ni aucune évaluation de la situation. Elle ne propose pas non plus de solutions possibles à la situation. Il s’agit d’un assemblage de “faits” en un article, sans aucune portée supplémentaire. »
La linguistique nous apprend que les mots chargés d’émotion ne sont pas neutres ; sur l’axe vertical (paradigmatique) du choix possible des mots, l’auteur a choisi parmi n possibilités justement « rumeurs ». On ne saurait parler ici d’un simple assemblage de faits.
Ces épineuses « rumeurs » sont donc, on le comprend, le point où ma collègue et moi divergeons dans notre analyse. Et bien que Zuzana conclue sa lecture de mon analyse en disant que les différences potentielles contribuent à la pluralité des opinions, je crois que la vérité est bien trop tentante pour que nous renoncions à la chercher. Ainsi, plutôt que « nobody knows », je préfère m’écrier : « someone knows, but alas the silence is dolorous! ».