Le texte qui suit est tiré d’une discussion sur la page Facebook de ČT24, où les gens ont unanimement condamné l’excuse du conducteur qui avait fait valoir devant le tribunal que, certes, les feux clignotaient, mais que les barrières étaient levées. En tant qu’étudiant en théorie du design qui a lu à plusieurs reprises

The Design of Everyday Things

de Don Norman, j’ai tenté dans la discussion quelque chose d’absurde : défendre le conducteur. Voici mon commentaire complet :

Le conducteur a sa place en prison ; nous pourrions néanmoins réfléchir à son argument, à savoir que les barrières et les feux n’étaient pas « synchronisés ». À mon avis, le principal coupable est ici le DESIGN défaillant de tout le système des passages à niveau. Une analyse même très superficielle de ce que communiquent les barrières et les feux montre qu’ils symbolisent une interdiction. Alors que le feu n’a qu’une fonction de communication visuelle, la barrière est un moyen qui a aussi une fonction mécanique : soit elle offre la possibilité de passer, soit, au contraire, elle empêche le passage. Jusqu’ici, tout reste au niveau du bon sens. Mais la psychologie et la théorie du design nous apprennent que la barrière offre ce qu’on appelle une « affordance », c’est-à-dire qu’elle communique par son aspect et sa forme ce que signifie la barrière et ce que l’homme (le conducteur) peut en faire. Si nous faisons abstraction de toutes les lois, nous devons conclure que l’« affordance » de la barrière levée est la possibilité de passer ; quand elle est baissée, l’« affordance » est l’impossibilité de passer. La psychologie comme la théorie du design nous apprennent que si le feu proclame « ne passe pas » alors que l’« affordance » de la barrière permet de « passer », il en résulte une confusion, une dissonance cognitive. Il est certain que lorsqu’on est chez soi devant son PC à siroter du Coca-Cola, on ne pense pas de la même façon qu’après toute une journée de conduite et de concentration. Ce que je veux dire, c’est que d’un côté nous pouvons avoir des lois qui ordonnent quelque chose, mais la loi n’est qu’une idée sur le papier. Un passage à niveau ne peut pas compter sur le fait que l’homme respectera ces idées en toutes circonstances. Certes, ex post, celui qui les enfreint peut aller en prison, mais cela ne sauvera pas de vies humaines. Je suis donc d’avis que l’essentiel est la prévention : le passage à niveau devrait offrir les bonnes « affordances », et ce immédiatement, dès que c’est nécessaire. Aussitôt que le feu commence à clignoter, il ne devrait plus être possible de s’engager sur le passage à niveau. Aussitôt. La loi est une chose, le design et l’ingénierie défaillants en sont une autre. Nous n’avons pas besoin de meilleures lois, mais bien de designers et d’ingénieurs plus intelligents, dont les conceptions préviendront les problèmes. Le DESIGN des passages à niveau est mauvais, le DESIGN des passages à niveau coûte la vie à des gens. Don Norman, théoricien du design, le dit : ne blâmez pas l’utilisateur (le conducteur) pour son comportement erroné, le coupable est TOUJOURS le designer. Celui qui a conçu le système des passages à niveau a sa part dans la mort de ces personnes. I rest my case.